Quatre jours après l’annonce du décès de l’artiste Bissi Mag, les hommages continuent d’affluer.
Bissi Mag, de son vrai nom Noubissi Fotso Luc Romuald, est décédé le 29 juillet 2026 à l’âge de 55 ans, des suites d’un cancer à son domicile du quartier Bedi à Douala. Avant cela, il avait été hospitalisé en France où le médecin traitant lui a annoncé qu’il ne pouvait plus être sauvé.
Courageusement, et sachant ses jours comptés, Bissi Mag a fait le choix de revenir mourir au milieu des siens.
Bissi Mag laisse derrière lui plusieurs titres qui ont marqué toute une génération. Parmi ses morceaux phares on retient : « Simo », « Muto », « Ils sont tous pareils » et « Massa Jean ». Des chansons devenues des classiques des cérémonies et des ondes camerounaises.
André Marie Tala : « Bissi Mag était mon fils de cœur sur le plan artistique »
Ce dimanche 2 août 2026, l’illustre musicien André Marie Tala a annoncé avoir quitté les États-Unis pour se rendre au Cameroun. Objectif : consoler la famille de celui qu’il considère comme « son fils de cœur ».
« Le cœur lourd… J’ai interrompu mon séjour aux États-Unis pour rentrer au Cameroun afin d’être auprès de la famille de Bissi Mag, mon fils de cœur sur le plan artistique, et d’apporter mon soutien à son épouse, à ses enfants et à tous ses proches, durement éprouvés par cette disparition si douloureuse », a-t-il écrit.
Pour Talla, Bissi Mag représentait une génération engagée :
« Au fil des années, j’ai vu en Bissi un artiste talentueux, ambitieux et profondément passionné par la musique. Il faisait partie de cette génération qui portait haut les couleurs de notre patrimoine musical avec créativité, travail et détermination. »
« Une immense perte pour la musique camerounaise »
« Son départ est une immense perte pour sa famille, pour ses amis, pour la musique camerounaise et pour tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître », poursuit le chanteur.
Il lance ensuite un appel :
« Je demande à tous les amoureux de la musique, et plus particulièrement à tous ceux qui appréciaient Bissi Mag, de s’unir dans la prière afin que le Seigneur accueille son âme dans Sa paix éternelle. Ayons également une pensée pour son épouse, ses enfants et toute sa famille, afin que Dieu leur donne la force de traverser cette épreuve. Repose en paix, Bissi. Tu resteras à jamais dans nos cœurs et ton œuvre continuera de vivre. »
Le lien avec André Marie Tala
Dans l’article biographique que nous avions publié ici le 29 juillet dernier, nous rappelions déjà le rôle déterminant joué par André Marie Tala au début de la carrière de Bissi Mag. Ce lien mentor-fils spirituel explique l’émotion et la présence de Talla aux côtés de la famille en ce moment de deuil.
BIOGRAPHIE : BISSI MAG
De son vrai nom NOUBISSI FOTSO LUC ROMUALD, Bissi Mag voit le jour le 17 mars 1971 à Nkongsamba. Originaire de Bandjoun, il grandit entre la passion et les interdits, nous apprend cette bio collectée par le site « Images et Culture Bamiléké ».
Les premiers pas
Dès l’âge de 5 ans, à l’école Saint-Jean-Baptiste de Baressoumtou, il est touché par le virus de l’art. En 1985, de retour des congés de Noël, son oncle lui remet 10 000 FCFA.
À Douala, sur le chemin du retour, il utilise 2 500 FCFA pour s’acheter un piano-jouet. Sachant son père farouchement opposé à la musique, il ment : le piano lui aurait été offert.
Avec cet instrument naissent ses premières compositions : « Mela » qui deviendra « Kousso », et « Filer n’est pas bon » transformée plus tard en « Moto taxi prudence ».
Au Lycée de Manengouba puis au club musique de Nkongsamba, son talent de pianiste force l’admiration. Son cousin Franck lui offre un petit synthé. Son frère Wokam Janvier l’encourage en lui achetant un synthé de 2 octaves et demie après son succès au BEPC en 1989.
Son père, lui, reste inflexible : pas question de sacrifier l’école pour « un métier de voyous ».
L’école et la détermination
Bissi Mag obtient son Baccalauréat D en 1992, 1er de son sous-jury. Il s’inscrit en physique-chimie à l’Université de Yaoundé. Mais les grèves et la crise sociopolitique ont raison de son parcours universitaire.
Il redescend à Douala et devient aide-vendeur au marché Mboppi dans le magasin de son frère. En parallèle, il récupère des cartons pour économiser 160 000 FCFA et s’acheter en 1995 un grand synthé de 5 octaves.
Il prend des cours de solfège chez Stanley à New-Bell, puis avec Michel Defosso. Cette même année, il enregistre sa première pré-maquette « Si le Tomnwe » au studio 8 pistes de Southy Antoine, avec Aubin Sanjo et Conty Bilong comme arrangeurs.

Le déclic : « Simo » et André-Marie Tala
Sur recommandation d’Aubin Sanjo, Bissi Mag contacte André-Marie Tala. Au téléphone d’abord, puis en live. La star, séduite, lui accorde 30 minutes au lieu de 15.
En découvrant « Simo », Tala lui dit : « Des chansons comme celles-là n’arrivent qu’une fois dans la carrière d’un artiste ». Il décide de le parrainer. Il lui prodigue des conseils, lui enseigne la composition et signe les arrangements de l’album avec le regretté Nkono Téles.
C’est aussi lui qui offre à Bissi Mag son tout premier concert live, le 08 janvier 1999 au stade de Nyété à Hévecam.
« Simo », l’album culte
Sorti il y a plus de 16 ans, « Simo » est le premier et unique album de Bissi Mag. 10 titres qui racontent ses doutes, ses espoirs et ses pérégrinations : « Fous cachés », « Moto taxi », « Ils sont tous pareils », et surtout « Simo ».
Cette chanson est entrée dans le grand répertoire de la musique populaire d’inspiration traditionnelle. Elle est fredonnée par des mélomanes de toutes les tribus. C’est d’ailleurs la chanson préférée de Yves Michel Fotso.
Porté par ses aînés André-Marie Tala et Nkono Téles, Bissi Mag laisse une signature musicale unique, marquée par l’humilité et la sincérité.
Le monde artistique perd un homme simple, travailleur et respectueux.
Toute l’équipe de Camerooninfo.net présente ses sincères condoléances à la famille Noubissi Fotso, à la communauté Bandjoun, et à tous les fans du Cameroun et d’ailleurs.
Repose en paix Bissi Mag. « Simo » ne mourra jamais.
Martin Etalobe




